Comment gérer les enfants le mercredi, les éloigner de leurs écrans ? Où trouver une aide aux devoirs bienveillante, un encadrement et des activités de qualité ? La création d’un patronage peut être une réponse. Tour d’horizon des bonnes pratiques.
Par Emmanuelle Ollivry © LA VIE - Publié le 04/04/2022
« Au centre de loisirs, on occupe les enfants. Au patronage aussi, mais, en plus, on les élève, on les éduque dans toute leur personne », rapporte Myriam, une mère seule de deux garçons scolarisés en primaire, accueillis au Patronage du 12 de Dijon (Côte-d’Or), après des années dans un centre municipal.
Son enthousiasme va de pair avec l’augmentation significative de ces lieux d’éducation par le jeu, le sport et la culture, enracinés dans une vision chrétienne de la personne, dans une perspective d’accueil et d’évangélisation. Ils s’adressent aux enfants de 3 à 17 ans, en dehors des heures d’école. Il y avait 40 patronages en France à la fin des années 1990 ; ils sont désormais 150. Mais monter un patronage ne s’improvise pas ! Pense-bête des quatre étapes indispensables pour se lancer dans l’aventure.
« Ce n’est parce qu’on a une idée qu’elle est bonne, dit Antoine Drouineau, prêtre à l’initiative d’un patronage en Seine-et-Marne, actuellement responsable de celui de Meyzieu, au nord de Lyon. Au préalable, il faut une étude d’opportunité, pour voir si l’initiative correspond à un besoin des familles. »
Si la réponse est oui, lequel ? Accueil en périscolaire (chaque jour après l’école) ou en extrascolaire (pendant les vacances) ? « Être trop gourmand tout de suite, ça fait aller dans le mur, précise Marie Hoppe, chargée du patronage de Marines (Val-d’Oise), toujours aussi vivant après 10 ans d’existence, dans le Vexin. Au début, on a essayé aide au devoir et ateliers ponctuels, pour voir ce qui fonctionnait, avant même de nous déclarer à la direction départementale de la cohésion sociale. » En dessous de sept enfants accueillis pour 14 jours d’activité annuels, la déclaration n’est, de fait, pas obligatoire.
Dessiner les contours du projet passe aussi par une définition claire de son contenu. Marie vise « une éducation nourrie par les valeurs chrétiennes, avec découverte de la foi pour ceux qui le veulent ». Antoine Drouineau, quant à lui, place l’évangélisation au cœur du projet.
Il y a cinq ans, pour affiner la colonne vertébrale de son patronage dijonnais, Manöelle Maincent est allée visiter les centres qui fonctionnent bien à Lyon et Paris. Ces démarches prennent du temps : compter au minimum un an entre l’intuition de départ et l’ouverture effective.
« Lors d’une formation, j’ai vu arriver deux laïcs, se souvient Lise-Marie Bonhomme, directrice du centre Lapparent à Paris (VIIe), qui propose notamment des week-ends intitulés « Créer ou dynamiser son patronage ». Leur projet n’avait pas l’accord de leur curé. Ça a capoté. » La paroisse prête parfois des locaux, suscite l’engagement de bénévoles, de dons. Sans son aval, le patronage est fragile. À Cannes (Alpes-Maritimes), Isabelle Isnard, animatrice bénévole, note que le vicaire dédié au patronage Saint-Nicolas est de plus en plus sollicité par le curé pour d’autres tâches. La structure bat de l’aile : « Il nous manque un projet clair qui convienne au curé », analyse-t-elle.
Selon Lise-Marie, ayant accompagné l’ouverture d’une trentaine de patronages en cinq ans, outre l’aval du curé, « il faut un binôme composé d’un ou une consacré et un ou une directrice ». « La présence d’un consacré, qui s’intéresse pleinement au quotidien du patronage, fait partie de la pédagogie inhérente, tout comme le recrutement de professionnels. Le binôme doit être formé, avoir un brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur (Bafa) et un brevet d’aptitude aux fonctions de directeur (BAFD). » Ces diplômes permettent « d’apprendre à bosser en équipe, de travailler la rigueur », confirme Marie Hoppe. Ils donnent également des outils pour aborder l’administratif.
Nul besoin d’un bac + 10 pour maîtriser le sujet. Créer une association support, rédiger ses statuts, son projet éducatif et pédagogique, déclarer ses locaux, faire un budget, réfléchir à un financement par la Caf, etc., ces démarches n’ont presque plus de secrets pour Florian Marchand. Ce prêtre ouvre un patronage à Angoulême (Charente) en septembre 2022, avec l’aide du centre Lapparent.
« Ce n’est pas si compliqué que ça, s’étonne-t-il. Nous avions déjà reçu des dons privés locaux, avant même de créer notre association. J’y vois une confirmation que ce projet est aussi celui de Dieu. » L’Union des patronages, constituée en juin 2021 pour une entraide entre structures, propose aussi un accompagnement pas à pas.
C’est une usine à gaz, ça va coûter cher : les interrogations ne manquent pas. « Je ne connaissais pas du tout les patronages, raconte encore Florian Marchand, initialement un peu frileux à l’idée de passer son BAFD. Je me suis formé, ainsi que la future directrice, pour apprendre à anticiper et poser les bases, mais j’ai aussi retenu la leçon de Perrette et le pot au lait. À vouloir tout maîtriser, on peut se planter. Je laisse aussi l’Esprit saint mener la barque. »
De la même manière, Marie Hoppe se souvient : « Avant de commencer, j’avais l’impression d’être un boulet de l’animation et n’avais pas du tout confiance en moi. Le Seigneur est venu me chercher. Il ne faut pas avoir peur de se lancer si on pense réellement être appelé. Le tout, c’est de vouloir apprendre. » Et ça fonctionne. À Allauch (Bouches-du-Rhône), après quelques années d’existence, c’est la mairie qui demande au patronage de monter un accueil supplémentaire pour les 3-6 ans.